Le handicap auditif, bilan et perspectives

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Le handicap auditif, bilan et perspectives


En France, 5 millions de personnes sont touchées par des difficultés d’audition, soit
8% de la population. Les causes et les modes d’apparition d’une surdité
sont nombreux et pas nécessairement liés à l’âge. Quels sont les risques auxquels
nous expose la vie quotidienne ? En entreprise, comment les salariés vivent-ils leur
handicap et quelles compensations sont mises en place ?

 

Les déficiences auditives recouvrent
des formes et des réalités
différentes, loin des clichés de
la surdité liée au vieillissement
ou à la naissance.
La surdité de perception est un handicap
minime puisque seuls les sons
faibles ne sont plus entendus. Les déficiences
auditives moyennes à sévères
rendent, elles, obligatoire le port d’une
aide auditive. Enfin, la surdité totale,
qui touche plus de 300 000 français,
conduit souvent à remplacer la parole
par le langage gestuel.
D’autres cas sont identifiés, comme l’intolérance
au bruit (hyperacousie) ou les
bourdonnements (acouphènes).
L’audition est un sens essentiel pour la
communication avec les autres et les
impacts des déficiences auditives sur la
vie sociale sont nombreux. Pour y pallier,
une partie des personnes utilisent
la langue des signes française, d’autres
ont appris à oraliser le français grâce
à l’utilisation de techniques palliatives
(orthophonie, langage parlé complété,
français signé) ou lisent sur les lèvres
pour décoder les informations.
Il faut savoir que la plupart des déficients
auditifs possèdent « des restes
auditifs » pour lesquels les prothèses
auditives apportent une réelle amplification.
Les problèmes d’audition peuvent survenir
à tout âge mais les jeunes sont particulièrement
touchés. 40% des moins de
25 ans ont déjà ressenti des bourdonnements
d’oreilles, un des symptômes de
fatigue auditive. En cause, les MP3, les
discothèques ou les concerts. Un danger
particulièrement sournois puisque le
plaisir de l’écoute prend le dessus sur la
notion de nocivité.

L’insertion professionnelle
Le handicap auditif représente la
deuxième maladie professionnelle. Les
secteurs de l’industrie, de la construction
et de l’agriculture sont particulièrement
touchés mais également les
métiers de bureau et les espaces ouverts
au public (les voix, le téléphone,
la musique...)

Aujourd’hui, la réglementation impose
une protection pour les ouvriers exposés
à des niveaux sonores élevés,
ainsi qu’un contrôle périodique de leur
audition. Néanmoins, seuls 43% des
actifs auraient effectué un test d’audition
dans le cadre de la santé au travail.
En entreprise, le sentiment d’isolement
peut être fréquent chez les travailleurs
malentendants qui se sentent vite
exclus (réunions ou conversations de
groupe). L’essentiel est alors de les
rassurer et leur montrer qu’ils ont leur
place au sein de l’équipe.
Quelques conseils
simples peuvent aider
à une meilleure
communication :
- Placez-vous face à
la lumière pour aider
à la lecture labiale,
parlez lentement, articulez, avec des
temps de pause pour vérifier si la personne
a compris,
- Captivez l’attention pour démarrer le
dialogue et gardez le contact visuel,
- Pour communiquer des informations
chiffrées par exemple, utilisez un support
écrit.
Les entreprises sont également de plus
en plus demandeuses de formations à
la langue des signes pour leurs salariés.
Côté aménagements du poste de travail,
ils concernent l’éclairage, l’acoustique
mais également la réduction des
bruits de fond ou la position du bureau
de façon à élargir au maximum le champ
de vision. Un interprète
en Langue
des Signes peut
également intervenir
pour aider à
la traduction ou à
la médiation lors
d’entretiens avec l’employeur ou les
visites médicales...
La déficience auditive est donc compatible
avec l’emploi. En balayant les
idées reçues et par la mise en place
de mesures adaptées, l’insertion d’une
personne sourde ou malentendante
devient ainsi une expérience réussie et
enrichissante pour tous.                         

                                   Thomas Ferry

LES CHIFFRES


40%

des moins de 25 ans ont déjà
ressenti des bourdonnements
d’oreilles, un des symptômes
de fatigue auditive.

2ème

Le handicap auditif représente
la deuxième maladie
professionnelle

« seuls 43% des actifs
auraient effectué un test
d’audition dans le cadre
de la Santé au travail. »

A SAVOIR :

Les sons inférieurs à 35 dBA
(décibels audibles) correspondent
à une ambiance très calme. Une
gêne peut apparaître entre 35 et
87 dBA, qui sont pourtant les sons
habituels de notre environnement.
Au-delà de 87 dBA, les sons
émis deviennent nocifs et sont
généralement identifiables au
travail et dans les loisirs.


Des innovations facilitent le
quotidien et l’autonomie des
personnes malentendantes :
reconnaissance de la parole
associée au sous-titrage
automatique, aides auditives
intégrées dans le smartphone,
visiophonie mobile...


Si un français sur deux se plaint
d’être gêné par les nuisances
sonores, ils sont autant à n’avoir
jamais consulté un médecin
spécialisé ORL pour contrôler leurs
capacités auditives. Pourtant le
dépistage est essentiel. Aujourd’hui,
une grande part de la population
souffre de malentendance sans le
savoir ou sans le reconnaître.


A SAVOIR :  

La loi du 11 février 2005 reconnaît
la Langue des Signes Française
(LSF) comme une langue à
part entière qui est le mode de
communication des personnes
sourdes.

 

Malentendant, Cyril a 29 ans et doit porter un appareil
auditif. Un profil pas forcément facile lorsqu’on travaille
comme hôte de caisse, au milieu d’une équipe et dans
une effervescence où la communication est primordiale.
Mais son dynamisme et sa sympathie prendront le dessus
lorsqu’il intègre une grande enseigne d’hypermarchés il y
a quelques années. Appuyée par la mission handicap du
groupe, l’intégration du jeune homme a été un succès. Ses
collègues ont notamment été sensibilisés pour lui permettre la lecture sur les lèvres, de
même que les clients de l’enseigne avertis par une petite affiche lors de leur passage
en caisse. Hormis cela, aucun aménagement particulier n’a été nécessaire et Cyril est
aujourd’hui un employé comme les autres.