Le handicap visuel, les réalités du quotidien

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visuel,

les réalités

du quotidien


Près de 3 français sur 100 sont
aujourd’hui confrontés à des
problèmes de vue. Comment
vivent-ils ? A quelles réalités du
quotidien doivent-ils faire face
aujourd’hui dans une société en
perpétuel mouvement ?
ENTRETIEN avec Vincent MICHEL,
président de la Fédération des
Aveugles et Handicapés Visuels
de France.

Photo issue du calendrier sur le thème « La bourse ou la vue ? », réalisé par la FAF
(Fédération des aveugles de France).

 
Comment définiriez-vous, aujourd’hui,
le quotidien d’une personne
en situation de handicap
visuel ?
Etre handicapé visuel, c’est être privé
de toute une série d’informations sur
le cadre environnemental. Pour compenser
cela, outre l’utilisation d’outils
d’aides spécifiques, nous avons
toujours besoin d’aménager, d’organiser,
de structurer les choses les plus
rudimentaires de la vie quotidienne.
C’est un travail en amont grâce auquel
on peut être autonome et évoluer
en sécurité.

Notre société actuelle dresse le
tapis rouge aux objets tactiles.
Une difficulté supplémentaire
pour vous ?
Effectivement il y a une mode qui fait
que tout s’organise en cliquant du
doigt. C’est la société du moindre
effort qui veut cela.
Etes-vous exclus, donc, de ce
progrès là ?
Mac fait un très gros effort avec la
création de logiciels parlants, la loi
étant plus stricte dans ce domaine aux
Etats-Unis. Mais il est vrai que récemment,
en refaisant ma cuisine, je n’ai
pas pu acheter une plaque à induction
où tout se fait par effleurement. C’est
une question de mentalité, de prise en
compte du handicap. Ce qui compte
aujourd’hui, c’est le design, c’est ce
qui frappe le grand public. La minorité
n’intéresse pas. Il y a un travail à faire
pour défendre l’accès à ces technologies,
c’est l’un des rôles principaux
que doit jouer notre Fédération notamment.
Malgré tout, les choses ont

évolué ces dernières années en
votre faveur ?
J’ai envie de dire que les difficultés
sont effectivement moins grandes aujourd’hui
bien que je n’en sois pas si
sûr. Il est vrai qu’on a fait des progrès,
l’informatique a ouvert des horizons
considérables, en matière d’échanges
et de communication notamment.
Mais il me semble que le monde est
beaucoup plus visuel maintenant qu’il
y a 45 ans. On ne peut rien faire sans
se déplacer, les gens voyagent beaucoup
plus. Par le passé, on pouvait
encore régler facilement la radio, la
télévision, la machine à laver qui disposaient
de gros boutons. Ce serait
donc mentir de dire qu’il n’y a pas
de progrès mais de vraies difficultés
persistent qui font qu’on est en décalage
avec notre monde actuel. On doit
s’adapter au progrès, c’est un cercle
vicieux, une course-poursuite permanente.

Une course-poursuite qui a un
coût ?
Oui! C’est sûr qu’il existe désormais

 

des outils pour les déficients visuels :
lecteurs d’écran informatique, lecteurs
de couleur pour les vêtements
par exemple... mais tout ce qui est
adapté coûte 5 à 10 fois plus cher.
Vous trouvez une balance classique à
30 euros en supermarché, pour nous,
une balance vocale, c’est 130 euros.
Un ordinateur de bureau tout équipé
vaut aujourd’hui 1000 euros, le
même adapté aux déficients visuels,
avec une planche en braille notamment,
coûtera 15 000 euros.

Un mot sur les enfants déficients
visuels, soumis eux aussi à cette
frénésie technologique ?
L’intégration scolaire est une grande
conquête. Moi-même j’ai vécu sept
années de martyr dans un établissement
religieux spécialisé pour les
enfants aveugles, à Marseille au
début des années 1960. Je mesure
le changement, il faut donner aux
enfants tous les outils pour maîtriser
leur cécité et disposer partout
d’enseignants et de moyens pour
accompagner efficacement les jeunes
déficients visuels dans le processus
éducatif. Contrairement à l’idée
reçue, l’enfant aveugle n’apprend
pas naturellement à compenser son
handicap. Il a besoin d’un suivi spécifique
qui, pour porter ses fruits, doit
être mis en place dès les premiers
mois de vie et se poursuivre tout au
long de sa scolarité. À travers deux
services gérés par son association
membre de Montpellier – un SAFEP et
un SAAAIS – la Faf prend en charge
une centaine d’enfants aveugles ou
malvoyants, âgés de 0 à 20 ans :
éducation précoce, rééducation, instruction
en locomotion, soutien pédagogique...
                                              Nicolas Chauty

LE CHIFFRE

17%


des travailleurs handicapés, tout
handicap confondu, sont au chômage.
Un chiffre qui atteint près de 40%
chez les déficients visuels. Soit un
taux, en moyenne, quatre fois plus
élevé que chez les valides. Beaucoup
d’entreprises hésitent encore à
recruter des personnes aveugles :
peur et méconnaissance majeure,
malgré les moyens technologiques qui
permettent aujourd’hui de compenser
le handicap visuel.

 

 

L’AIDE AGEFIPH


Une aide peut être accordée par l’Agefiph
aux personnes handicapées visuelles
se trouvant dans l’une des situations
suivantes : demandeur d’emploi en
recherche active d’emploi, stagiaire de
la formation professionnelle, étudiant
de l’enseignement supérieur en stage
obligatoire. Elle apporte une participation
forfaitaire au financement de matériels
en compensation du handicap : 3000 €
pour une plage braille, 5000 € pour
un bloc-notes braille, 1500 € pour les
matériels spécifiques non braille. Pour en
bénéficier, la demande d’aide est faite à
l’Agefiph directement par la personne ou
avec l’aide du conseiller Cap Emploi, Pôle
emploi ou Mission Locale dans le cas d’un
recrutement ou du conseiller Sameth pour
un maintien dans l’emploi. Dans tous les
cas, la demande doit être déposée avant
l’achat du matériel.

TEMOIGNAGES

  Marc Villemin, salarié dans l’informatique. Poitiers
« Une maladie, m’a fait perdre partiellement la vue, c’était
il y a 19 ans. Accepter ce handicap a été la première difficulté.
Je voulais continuer à travailler, j’ai appris le braille et
suivi une formation en informatique. Aujourd’hui, je travaille
dans un bureau avec du matériel adapté : une synthèse 
vocale, un scanner, un agrandisseur... Je me suis pris au jeu et l’informatique
a fini par me plaire si bien que je dépanne des collègues ou des amis à l’occasion.
Je m’occupe aussi de l’accessibilité et de la conformité des bâtiments
et suis même chargé d’aménager les postes pour les collègues présentant un
handicap ».

André Messager, pépiniériste/co-gérant d’entreprise. Côtes d’Armor
« Je suis associé avec mon frère dans une société familiale, avec huit salariés
permanents et quelques travailleurs occasionnels. Je suis en charge de la
partie administrative, documents comptables, salaires, dossiers environnementaux...
mais aussi de la gestion de l’arrosage. J’ai un handicap visuel de
naissance qui me gêne fortement pour la lecture et le travail sur écran. Avec
la MSA d’Armorique et le CIADV, nous avons demandé une étude à l’Agefiph
pour venir étudier mon poste de travail et avec l’aide d’un ergonome nous
avons tout mis en place : logiciel d’agrandissement d’écran, clavier à grosses
touches, télé-agrandisseur, lumière adaptée, loupe électronique. Aujourd’hui
sur la pépinière au quotidien, je pense que je me débrouille comme une autre
personne ».